Genèse de l’Aïkibudo

La genèse de l’Aikibudo®

Tradition et Evolution

Maître Alain Floquet, vous êtes un des rares européen à avoir recueilli un héritage culturel et historique du patrimoine martial japonais. C’est ce patrimoine qui est à la source de votre inspiration, et qui a abouti à la construction d’un art, l’Aikibudo®. Vous avez concilié une tradition séculaire avec une évolution moderne. Maître Minoru Mochizuki occupe une place originelle, car c’est à partir de vos contacts permanents, notamment d’amitié, que vous avez abouti à cette création. Aussi, pour remonter à la source, pouvez nous dire de quelle tradition martiale le Maître Mochizuki était-il lui-même issu?

La gestation de l’Aiki-Jujutsu du Yoseikan de maître Minoru Mochizuki

La pratique du maître Mochizuki s’appuie sur une expérience martiale riche d’enseignements de différents budo.

En effet, après avoir pratiqué le judo et le kendo dans son enfance, Minoru Mochizuki, alors âgé de 17 ans, fut admis comme élève en 1924 dans la section judo du professeur Sampo Toku, puissant disciple du Judo Kodokan, homme de grand courage et escrimeur hors pair. Il pratiqua également le kendo,  kendo qu’il étudia aussi avec sensei Hakudo Nakayama, élève du célèbre escrimeur Sasaburo Takano.

Minoru Mochizuki s’initia également à l’école de jujutsu « Gyokushin Ryu (玉心 : esprit sphérique) » où il étudia sous la direction du soke Sanjuro Oshima et dont il reçut en 1925 le shoden kirigami mokuroku (équivalent au 1er dan). Ce fut pour lui une exceptionnelle occasion d’étudier les te waza, koshi waza et sutemi waza de cette école.

En 1926, sous l’égide du sensei Sampo Toku, il devient le principal disciple et uchi deshi du célèbre et raffiné sensei Kyuzo Mifune, immense spécialiste des sutemi waza et disciple du professeur Jigoro Kano. Cette science du sutemi propre à sensei Mifune deviendra une composante riche et particulière de l’Aiki-Jujutsu du Yoseikan. Cette science est aujourd’hui maintenue à un haut niveau dans l’Aikibudo.

 Sensei Minoru Mochizuki, a aussi étudié les arts martiaux traditionnels.

Au sein du Kodokan, le professeur Jigoro Kano créa en 1928 une section d’étude des arts martiaux anciens, le Kobudo Kenkyu Kai. C’est dans ce cadre que certains de ses yudansha, dont Minoru Mochizuki et Yoshio Sugino, furent chargés d’étudier, notamment le Katori Shinto Ryu et le Daito Ryu jujutsu, avec mission de lui rendre compte chaque mois.

C’est ainsi que Minoru Mochizuki étudia donc le Katori Shinto Ryu dès 1928 avec les shihan formés de la fin de la période Edo au début du XXe siècle. Il étudia également, de 1930 à juillet 1931 le Daito Ryu Jujutsu avec sensei Morihei Ueshiba, futur fondateur de l’Aikido . Ce dernier l’ayant pris comme assistant, lui demandait d’expliquer aux autres élèves les techniques qu’il venait de démontrer. À ce propos, je me souviens qu’un jour, me rapportant quelques anecdotes sur cette période, sensei Mochizuki me dit : « Sensei Ueshiba faisait les techniques mais ne les expliquait pas, alors il regardait les autres élèves en disant « Mochizuki va vous expliquer », et je m’exécutais ».

Cette même année, il étudia aussi le Jodo Muso Shinto avec sensei Shimizu Ryuji.

Mais, en aout 1931, gravement malade, il rentre à Shizuoka, où, quelques mois plus tard, il fonde avec l’aide de son frère, le premier dojo Yoseikan, où il enseigne le judo, le kobudo et l’aiki-jujutsu.

En 1933, maître Ueshiba lui décerne alors le menkyo okuden de Daito Ryu Jujutsu de son enseignement.

Après l’invasion de la Chine par le Japon, il part en 1938 avec sa famille pour la Mongolie où il est nommé directeur d’école puis sous-préfet de SEI SU GA. Il resta à ce poste jusqu’à la fin de la guerre, non sans avoir durant toute cette période enseigné le judo et l’aiki-jujutsu. Il est célèbre pour y avoir développé les systèmes d’irrigation et de communication.

A partir de cette formation, après la guerre, Maître Minoru  Mochizuki créait l’ Aik-jujutsu du Yoseikan. Dans le même temps , Maître Ueshiba donnait naissance à l’Aikido : quelles relations entretenaient alors  les deux hommes ?

 En 1947, sensei Minoru Mochizuki revient à Shizuoka, il se consacre alors à la reconstruction de son dojo détruit durant la guerre . Il reprend l’enseignement de ses disciplines, à savoir, le judo, le Katori Shinto Ryu, le kendo, le karate, le jodo et l’aiki-jujutsu, et, au fil du temps, de cette exceptionnelle expérience martiale, fusionna en lui et donna naissance à un art nouveau qu’il nomma Aiki-Jujutsu du Yoseikan.

Parallèlement à cela, et au cours  de cette décennie  écoulée depuis 1931, l’enseignement et la pratique du maître Morihei Ueshiba ont également évolué. IL donne naissance à un art nouveau, qui est formalisé en 1947 sous le nom d’Aikido.

Aussi, lorsque sensei Minoru Mochizuki, qui conserve des liens affectifs très forts avec le maître Ueshiba,  reçoit de ce dernier en équivalence du menkyo okuden, le très haut grade de 8e dan d’Aikido,  il donne le nom d’Aikido-Jujutsu à son art. (souvent appelé indûment en France Aikido-Yoseikan ou Aikido-Mochizuki). Mais de fait,  Sensei Minoru Mochizuki n’a jamais pratiqué l’Aikido !

Comment et par qui, ces disciplines martiales ont elles été introduites en France ?

Sensei Minoru Mochizuki vint pour la première fois en France en 1951. Il y resta 2 ans, y enseigna le judo, l’aikido-jujutsu et sema les graines du karate, du iaijutsu et du Katori Shinto Ryu. Il  présenta ces disciplines notamment à l’occasion du Championnat d’Europe de Judo de cette même année.

Jim Alcheik, judoka Français enthousiasmé par le travail du sensei, alla étudier au Yoseikan de Shizuoka au Japon de 1955 à la fin de 1957. IL y pratiqua le judo, l’aikido-jujutsu, le karate, le iai et le kendo.  En 1956, sensei Minoru Mochizuki publie en français avec l’aide de Jim Alcheik, un livre intitulé :  » Ma Méthode d’Aikido Jiu-Jitsu « . Dès son retour en France, Jim Alcheick crée la Fédération Française d’Aikido-Jujutsu et de Kendo, puis il en change le titre en Fédération Française d’Aikido-Taijutsu et de Kendo. (Plus tard, une erreur typographique en fait la Fédération Française d’Aikido, Taijutsu et de Kendo.). Jim Alcheik crée aussi le Yoseikan Européen et diffuse l’aikido-jujutsu, le karate, le iai et le kendo, tant en France qu’en Europe.

Anton Geesink (premier champion du monde et olympique de judo non japonais) a été l’un de ses élèves en aikido-jujutsu, il venait pratiquer au dojo de l’Avenue Parmentier (Paris XI°).

À l’occasion de son séjour au Yoseikan, Jim Alcheik s’engage auprès d’Henry Plée pour l’aider à obtenir la venue en France d’un expert japonais en karate. C’est Hiroo Mochizuki qui est chargé, par son père, d’aider au développement du karate en France . Il y reste de 1957 à 1959 en compagnie de Tetsugi Murakami. De retour au Japon, il reprend ses études de vétérinaire, obtient son diplôme et envisage en 1963 d’aller au Brésil faire l’élevage de chevaux.

Et vous, maître Floquet, que faites vous,, à cette époque là ?

 En 1962, je suis en Algérie, maintenu sous les drapeaux selon la formule consacrée à l’époque. C’est là que j’apprends par un courrier d’Henry Plée la mort de Jim Alcheik. Choqué par la nouvelle et connaissant les rivalités existantes au sein du dojo Parmentier, je prends l’initiative d’écrire à sensei Minoru Mochizuki pour l’informer des faits et lui demander son aide. C’est ainsi que sensei Hiroo Mochizuki est de nouveau sollicité. Il arrive en France en 1963 et reprend l’organisation de l’Aikido-Jujutsu du Yoseikan et de la FFATK. Il devient alors professeur d’arts martiaux au lieu d’ouvrir… un ranch et de galoper à travers le Brésil !

  Administrativement, comment s’organisent les différentes disciplines martiales, en France ?

 En 1964, la Fédération Française d’Aikido-Ueshiba d’André Nocquet et la Fédération Française d’Aikido-Taijitsu et de Kendo dirigée par Hiroo Mochizuki se regroupent au sein de la Fédération Française de Judo et Disciplines Affinitaires (FFJDA), y constituant la section aikido. Chacun des deux groupes, le groupe Aikido-Ueshiba et le groupe Aikido-Yoseikan , conserve son indépendance technique. En 1966, je suis nommé par sensei Hiroo Mochizuki au poste de directeur technique de l’Aikido-Yoseikan.

La section Aikido FFJDA devient la Commission Nationale d’Aikido. (CNA)

Lorsque l’Association Culturelle Française d’Aikido (ACFA), dirigée techniquement par sensei Nobuyoshi Tamura, intègre la Commission Nationale d’Aikido (CNA) au sein de la Fédération Française de Judo et Disciplines Associées (FFJDA), sensei Hiroo Mochizuki (avec ma participation entre 1968 et 1970) travaille déjà à ce qu’il pense appeler le Yo-ken, et qui va devenir le Yoseikan-Budo, concrétisant, dans cet art naissant, l’unité de ses compétences martiales.

 De votre côté, vous poursuivez vos recherches dans le cadre  de  l’Aikido Yoseikan ?

 En effet, je poursuis mon action en faveur de l’Aikido-Jujutsu du maître Minoru Mochizuki. Toutefois, ma pratique se modifie progressivement et prend de plus en plus une forme en adéquation avec ma recherche qui se veut traditionnelle, évolutive et pragmatique. Ma pratique, en 1963, n’est déjà plus celle rapportée du Yoseikan par Jim Alcheik en 1958. Elle a tout d’abord évolué durant la période de vide, entre le décès de Jim Alcheik et le retour en France de sensei Hiroo Mochizuki, dont je suis devenu l’assistant. Puis aussi, en raison de l’évolution apportée par Hiroo Mochizuki dans la pratique de l’Aikido-Yoseikan, et enfin à partir de 1969, sous l’effet de mes expériences martiales (sur le chemin (michi) du budo, c’est avec le kendo que j’ai vécu la plus importante expérience martiale de ma vie, expérience  qui repose sur « la disponibilité mentale » ; l’esprit et la technique de cet art ont influencé grandement ma pratique du Katori Shinto Ryu et de l’Aikibudo. Je ne puis oublier de nommer ici le professeur Shiga Tadakatsu, qui m’enseigna le kendo avec passion et m’amena à un très haut niveau), et de celles de ma vie professionnelle. Hiroo Mochizuki, pour sa part, en plus de sa grande expérience du karate, avait intégré dans sa pratique de l’Aikido-Mochizuki les concepts de Ma, de Hyoshi (拍子) et de Sen issus de l’enseignement de son père, ainsi que de son expérience pratique du mouvement en cercle acquise, pendant les années précédent son retour en France, au dojo d’Iwama où enseignait sensei Morihei Ueshiba .

Comment, dans ce contexte, se situe cette pratique naissante que vous construisez, qui, dans les années 70 n’est pas encore l’Aikibudo ?

 En mars 1971, le CNA devient l’Union Nationale d’Aikido (UNA). Au sein de cette UNA, sensei Tamura a mis en place une méthode « nationale » d’Aikido. Cette méthode est imposée à l’ensemble des pratiquants, à la suite d’une annonce faite à l’INS le 1er décembre 1973 devant 300 représentants.

André Nocquet, destitué de fait de sa légitimité à la tête de l’Aikido-Ueshiba, mais soutenu par son groupe, quitte l’UNA et se réfugie au sein de la Fédération Française d’Aikido du Docteur Warcollier.

Dans le même temps, l’Aikido-Yoseikan n’étant pas de l’Aikido (au sens de l’art enseigné à l’Aikikai), nos pratiquants ne s’y retrouvèrent pas. Aussi, après une ou deux années d’essai, un très grand nombre d’entre eux abandonnèrent progressivement la FFJDA pour se rassembler : soit au sein de l’association CERA, (que je crée en décembre 1974, avec l’aide de Claude Jalbert et d’anciens élèves tels que Bernard Ghesquière et Hervé Villers à l’administration, Alain Roinel, André Tellier, Edmond Royo et bien d’autres à la technique et en région), soit autour de sensei Hiroo Mochizuki au sein de l’Association Yoseikan Budo, qu’il crée officiellement en 1975.

En 1978, nous créons une nouvelle structure, la Fédération Française d’Aikido et de Kobudo (FFAK) afin de répondre aux exigences ministérielles en vue d’une habilitation. Cette fédération regroupe alors trois écoles : le CAB (Cercle Aiki-Budo) de Me Nocquet, le Ki no Michi de Me Noro et le CERA avec moi-même.

Dès lors, votre pratique est devenue très différente de l’Aiki-jujutsu de départ, différente aussi du Yoseikan Budo de sensei Hiroo Mochizuki, et est sans liens avec l’Aikido de l’Aikikai… aussi, comment la qualifier ?

Cette même année (1978), Marc Bigoureau, le directeur de la SEDIREP (société de vente de matériel d’arts martiaux) me fait savoir que le président de l’UNA souhaite s’entretenir avec moi. Il organise donc une rencontre autour d’un déjeuner amical, où celui-ci me suggère de revenir au sein de l’UNA FFJDA pour y développer une section Aiki-Jujutsu dont je serais le directeur technique, alors que sensei Tamura serait le directeur technique de l’Aikido.

Mais, j’ai déjà à cette époque, dépassé la notion de jujutsu, en effet ma pratique n’est plus celle de l’Aikido-Jujutsu et si elle doit changer de nom, celui-ci doit mettre en évidence les valeurs attachées au () de « Budo », à la fois martialité et maîtrise de la violence, associées au principe d’Aiki (合気). Ces deux principes « Bu » et « Aiki » sont indissociables dans mon esprit.

La source technique de l’Aikibudo est différente de celle de l’Aikido, même si dans les deux cas il s’agit du budo japonais et de l’universalité de l’Homme. Elle est issue de la vaste formation martiale du maître Minoru Mochizuki (judo, kendo, jujutsu, Katori Shinto Ryu, Daito Ryu Jujutsu, karate) et de son expérience de vie.

De fait, la proposition de Marc Bigoureau n’aboutit pas …

La même année, sensei Minoru Mochizuki me demande de m’occuper de l’IMAF (l’International Martial Art Fédération), sections France et Europe. Cette fédération de budo japonais regroupe de nombreuses personnalités de haut niveau, comme les maîtres Minoru Mochizuki et Yoshio Sugino, et elle est présidée par son Excellence le Prince Naruhiko Higashi Kuni, oncle de l’Empereur du Japon et ancien Premier Ministre.

Ces maîtres dirigeaient alors des stages en France et en divers pays européens.

C’est ainsi que le 19 mai 1982, lors d’un stage que nous avions organisé à Paris avec les sensei Minoru Mochizuki, Yoshio Sugino et Yoshi Torigai, l’UNA FFJDA organisa en l’honneur de sensei Mochizuki, dans les salons de l’hôtel Maillot, un cocktail auquel je fus invité.

Sur place, je retrouve Minoru Mochizuki,  Hiroo Mochizuki, Nobuyoshi Tamura, le président de l’UNA et diverses autres personnalités…

À un moment donné de la soirée, sensei Minoru Mochizuki m’interpelle, et tous nous réunissons autour de lui.

Sensei Minoru Mochizuki  me dit alors :

« Alain, ce que tu fais, ce n’est pas de l’Aikido : Il faut changer le nom. »

Il propose alors « Yoseikan Budo? ».

Bien sûr, sensei Hiroo Mochizuki et moi répondons spontanément et en écho  :

« Non, ce n’est pas possible ! ».

Le sensei propose alors  » Aiki-Jujutsu « .

Je réponds :

« Non, ça ne va pas! », et nous échangeons sur ce sujet…

c’est alors que je dis :

« Ce qui correspond à ce que je fais, c’est Aikibudo ! ».

Sensei Minoru Mochizuki répondit alors :

« C’est bien ! »,

Puis les autres sensei présents répondirent les uns après les autres :

« C’est bien ! ».

Dès cet instant, ma pratique, et l’art qui en découle, prirent officiellement le nouveau nom d’Aikibudo®.

Nous sommes en 1982, l’originalité et l’unicité de l’Aikibudo® est donc officiellement reconnu, écartant de fait toute confusion quant à ses origines et à sa singularité. L’Aikibudo® devient une discipline martiale à part entière. Peut on dire que sensei Minoru Mochizuki en fut l’initiateur ?

Il est clair que cette réunion avait été organisée à cette fin. Car sous le nom alors générique « d’Aikido », je pratiquais depuis l’origine un art différent issu de l’Aikido-Jujutsu du maître Minoru Mochizuki, art dont la nature profondément humaine, évolutive et pragmatique s’affirmait de décennie en décennie. Pour tous, tant pour le maître Minoru Mochizuki que pour mes élèves et moi-même, que pour les dirigeants de l’UNA ainsi que tous les pratiquants d’Aikido, il fallait définitivement éclaircir cette situation et clore ce débat qui durait en fait depuis le retour en France, en 1957, de Jim Alcheik et d’André Nocquet.

Mon évolution s’est faite sous la bienveillance du maître Minoru Mochizuki et sur les bases de la technique de son art.

C’était lui et lui seul qui avait l’autorité et la légitimité de me demander de changer de dénomination pour désigner ma pratique. C’est ce qu’il fit publiquement au milieu de personnes concernées au premier chef, afin de légitimer et d’officialiser ma discipline.

En 1992, Il m’a décerné, selon la tradition des budô traditionnels, le menkyo kaiden de son enseignement.

Vous avez évoqué vos racines avec le Yoseikan de sensei Minoru Mochizuki, avec le Katori Shinto Ryu avec sensei Yoshio Sugino, qu’en est-il de vos liens avec le Daito ryu de sensei Takeda Sokaku ?

Depuis quelques décennies déjà, je faisais des recherches historiques sur Shiro Saigo sensei , connu pour son célèbre « yama arashi », et qui dans ses écrits aime à faire référence au « neko no myō-jutsu », lecture initiatique qui l’a profondément inspiré. Shiro Saigo était fils du han d’Aizu, tout comme sensei Sokaku Takeda. Ainsi, depuis la fin des années 1970, j’entretiens des échanges épistolaires avec le professeur Gensaburo Akagi, spécialiste de Shiro Saigo et de l’histoire du Buke Yashiki d’Aizu (maison des samouraï d’Aizu).

En août 1982, mes travaux me conduisirent, avec un groupe de mes élèves, sur l’ancien territoire du han d’Aizu. Ce fut l’occasion d’un modeste discours et d’un hommage à Shiro Saigo ainsi que d’une première rencontre physique avec le Daitoryu Aikijujutsu au dojo d’Aizu Bange. Dojo  fondé par l’un des frères de sensei Takeda Sokaku, et animé notamment par l’un des neveux du soke : Munemitsu Takeda. (Il y avait aussi  un disciple du hombu dojo d’Hokkaido délégué spécialement par le soke). Chacun de nous fit une démonstration : Daitoryu  par le délégué du soke et Munemitsu Takeda, Aikibudo par moi et mes élèves.

Il s’en suivit des échanges et des liens très étroits s’établirent entre le Soke et moi, liens faits de confiance, de respect et d’estime réciproque. Tokimuné sensei m’avait ouvert les portes du Daitokan et m’y accueillait toujours, ainsi que mes élèves, avec gentillesse et bonté. Un jour, en aparté et à un moment qui s’y prêtait, Tokimuné sensei me dit, joignant le geste à la parole :  » le secret de « l’Aiki » : c’est ça !  » Ce qu’il me démontra à cet instant corroborait parfaitement avec ce que je faisais en Aikibudo, j’en fus très ému …

Cette expérience auprès de Tokimuné Takéda sensei était incontournable pour nourrir mon expérience et enrichir la connaissance. Mon engagement envers lui n’avait pas pour but de vulgariser le Daitoryu, mais bien au contraire de le préserver dans la forme et dans l’esprit tel que le Soké les reçus lui-même de son père Sokaku Takeda. Tel que l’on préserve un patrimoine historique, à l’instar de l’art de Minoru Michizuki sensei et de celui de Yoshio Sugino Sensei.

Ces expériences avec ces maîtres prestigieux, ont contribué fortement à la création de l’Aikibudo®.

Expérience renforcée d’une relation d’esprit et de cœur avec des maîtres d’exception, des êtres éclairés qui m’ont accordé leur confiance, transmis leur enseignement, imprégné de leur exemple et permis de remonter à une source essentielle du budo japonais. Ces maîtres sont :  Minoru Mochizuki,  Yoshio Sugino et Tokimune Takeda, dernier authentique soke du Daito Ryu Aiki-jujutsu. Enfin, l’Aikibudo® a également une nature et une construction pragmatiques. Elles sont  issues de mon expérience de vie mentale et physique sur le terrain de la violence, où le geste (ou l’action) ne peut être simulé. L’intervention simplement tentée et la vigilance prise en défaut, sous peine de risques irréversibles tant pour l’intégrité physique que pour la vie.

 » L’aikibudo® porte en lui les composantes de son histoire, la mémoire de sa genèse. Cette mémoire il faut la préserver, mais elle ne constitue pas un but en soi puisque justement, c’est de l’histoire.  » *

 

Pensées en mouvement, Alain Floquet, Budo Ed.2006.

* Sensei Tokimune Takeda est le fils de sensei Sokaku Takeda qui enseigna le Daito Ryu aiki-jujutsu à sensei Morihei Ueshiba.

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